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Tunisie : la revolte des rappeurs
30/04/2013


Capture d'écran du clip de Weld el-15, condamné par contumace à deux ans de prison pour avoir injurié les policiers.

Quatre rappeurs ont été relaxés le 26 avril. Weld el-15, condamné à deux ans de prison ferme pour une chanson contre la police, est en fuite. Rencontre.

Il est recherché par la police, mais donne rendez-vous en face d'un commissariat. "La police en Tunisie, c'est pas le FBI", se moque-t-il. Lui, c'est le rappeur Weld el-15. Casquette à l'envers, veste noire, jean, il se dit "tranquille". De son vrai nom Alaa Yacoubi, ce Tunisien de 25 ans a été condamné par contumace, le 22 mars, à deux ans de prison ferme pour son clip "Boulicia Kleb" - les policiers sont des chiens -, diffusé sur les réseaux sociaux le 3 mars. L'avocat Ghazi Mrabet devrait faire opposition.

"Il est vrai qu'il y a une certaine liberté d'expression, mais on ne peut pas tomber sous le coup du Code pénal pour une affaire de morale", s'exclame l'avocat, qui compare l'affaire à celles de NTM et du Ministère A.M.E.R en France qui avaient écopé d'amendes pour "Assassin de la police" et "Sacrifice de poulets". "Il faut qu'on arrive à sortir de cette situation qui place la justice comme l'ennemi des artistes et des faiseurs d'opinions, même si on sait que les juges et magistrats n'ont à leur disposition que de vieux textes de lois liberticides datant de l'ère Ben Ali", nuance Thameur Mekki, journaliste et membre du comité de soutien de Weld el-15.

Weld el-15 était notamment poursuivi pour "outrage à fonctionnaire" et "outrage public à la pudeur", comme la figurante du clip, le réalisateur et quatre autres rappeurs, dont le seul tort est d'être remerciés à la fin du clip. Arrêté dans la nuit du 10 au 11 mars, peu après l'ouverture de l'enquête à la demande du commissariat d'Hammam Lif au sud de Tunis, "le réalisateur a été roué de coups par terre et agressé verbalement. La figurante n'a pas été touchée physiquement, mais a entendu des paroles bien pires que celles dans le clip", accuse Ghazi Mrabet, l'avocat, qui dénonce un vice de procédure : "Les policiers n'avaient pas de mandat pour fouiller la chambre de la figurante." Tous deux ont écopé de six mois de prison avec sursis. L'avocat a fait appel, tout comme le parquet. Les quatre rappeurs Madou MC, Emino, Lil'K (Kobrion dans la dédicace) et Spoiled Boy ont aussi été condamnés par contumace à deux ans de prison ferme, avant d'être finalement relaxés le 26 avril après opposition de leur jugement.

"Ce n'est pas un jugement normal"

Un non-lieu qualifié par la militante des droits de l'homme Sihem Ben Sedrine, présente au tribunal, de "double victoire : pour la liberté d'expression et pour la justice". "Dans l'art, il y a toujours des excès et le leur est certainement lié aux excès qu'ils ont subis de la part de la police. Ces jeunes étaient des souffre-douleur. La solution du contentieux entre les jeunes et la police passera par la réforme de la police et une reconnaissance publique des torts que les policiers ont fait subir à la population."

Sa chanson, Weld el-15 l'a écrite lors de son séjour en prison en 2012 où il a passé huit mois "pour un petit joint", dit-il, avec deux autres rappeurs, Emino et Madou MC. Il y traite magistrats et policiers de "chiens" et dit : "Pour l'Aïd, j'aimerais bien égorger un flic au lieu d'un mouton" ou "donnez-moi un flingue, que je leur tire dessus", glissant cependant "respect pour les officiers honorables". "C'est une métaphore, jure-t-il aujourd'hui. On ne peut pas me juger pour mes sentiments. Je ne dis pas aux gens de tuer des policiers", se défend l'artiste.

Depuis, ce Tunisien qui a grandi dans des quartiers populaires de Tunis, reçoit des "menaces de mort de la part de policiers". Son clip, qui a dépassé les 800 000 vues, est dédié "à la jeunesse écrabouillée". Comme beaucoup de jeunes de son âge, Weld el-15 ne se reconnaît dans aucun parti politique. Et la police reste pour lui le symbole du régime déchu. Tour à tour, les rappeurs dénoncent "les insultes pour un simple contrôle de papier", leurs conditions de détention et les répressions policières lors de manifestations ou dans les quartiers populaires.

"Le rap, une arme pendant la révolution"

"On fait notre musique pour s'exprimer. On voit ce qui se passe, on ne peut pas rester sans rien dire", plaide Mohamed Amine Bouhrizi, alias Madou MC, 25 ans. Lui est originaire de Kabaria, un quartier populaire du sud de Tunis. Dans une vidéo, il défie les policiers de s'y rendre. "Après la révolution, on a cru en la liberté d'expression. On a écrit des textes plus durs que l'État n'accepte pas. Il y a de plus en plus de rappeurs et ils [les gouvernants] ont senti que cela pouvait changer quelque chose", déclare Khalil Baalouch, alias Lil'K, 23 ans, qui prépare un nouveau clip "Pas de marche arrière".

"Le rap était une des armes du peuple pendant la révolution", rappelle Maraoun Douiri, alias Emino, 23 ans. Depuis le départ de Ben Ali, les clips sont plus faciles à produire. En raison d'un marché peu développé, ils sont diffusés sur le Net. Mais plusieurs rappeurs ont été inquiétés par la justice et Thameur Mekki dénonce "une campagne". Outre Weld el-15, Emino et Madou MC, Phénix, un autre rappeur avait lui aussi été condamné l'an dernier à une peine d'un an pour détention de cannabis. Le syndicat des douaniers a déposé une plainte contre Klay BBJ et Med Amine Hamzaoui à la suite d'un morceau où l'uniforme de ses agents était représenté.

"C'est une guerre contre les policiers, la justice et le gouvernement. Pourquoi les policiers frappent les gens quand ils les attrapent, comme on l'a vu à Bizerte ? Où est la justice dans le cas de Sami Fehri [depuis fin août 2012, ce directeur d'une chaîne de télévision est toujours emprisonné malgré les décisions de la Cour de cassation en faveur de sa libération, NDLR] ? Le gouvernement veut faire taire les jeunes, il veut tuer les voix de la révolution", s'emporte Alaa Yacoubi, le regard noir, faisant référence au collectif de graffeurs Zwewla qui a écopé d'une amende de 100 dinars (50 euros) pour "dégradation de biens publics". Avec Phénix, ils ont réalisé "Dangereux fi Ryousna", ce qui signifie "dangereux dans nos têtes". "Si mes paroles ne vous ont pas plu, excusez-moi les chiens [les policiers]", enfonce le texte. "Je continuerai jusqu'à atteindre mon objectif : faire en sorte que les policiers respectent les gens", défie Weld el-15. Il envisage même d'enregistrer un message pour le ministre de l'Intérieur.

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